Dans l’animation socioculturelle Refusons des Conditions d’ Emploi Écoeurantes
Article mis en ligne le septembre 2007
dernière modification le 14 avril 2008
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Votés à l’ombre des sessions parlementaires de l’été dernier, le contrat de volontariat associatif et le contrat d’engagement éducatif font maintenant partie des nouveaux missiles de l’arsenal patronal fabriqués pour détruire le Code du travail.

Devant le déficit des transferts sociaux et l’abandon du principe d’Etat providence, c’est la précarisation des animateurs saisonniers (des centres de vacances) ou à temps partiel (des centres de loisirs) qui permet aux « socio-patrons » de dégager les bénéfices nécessaires au maintien des emplois de cadres professionnels et permanents couverts par la convention collective (CC) de l’animation socioculturelle. Une autre source de bénéfices provient de la marchandisation inflationniste des formations d’animateurs. Cette stratégie est suicidaire.

Au sein des associations d’éducation populaire et des syndicats, dont la CNT, des militants ont réussi à faire retirer l’annexe 2 de la CC de l’animation socioculturelle, qui permettait aux employeurs associatifs de déroger au droit du travail. Les juges prud’hommaux se sont prononcés. L’annexe 2 est illégale. Le Conseil économique et social a alerté les élus sur les dangers de la multiplication des emplois précaires et la paupérisation généralisée de la jeunesse, tous secteurs confondus.

Mais si le Contrat première embauche (CPE) a été retiré, il existe encore de nombreuses formes de contrats qui donnent aux employeurs la possibilité d’aménager le Code du travail ainsi que des dispositifs qui permettent le travail saisonnier. Or, l’avidité libérale s’inquiète des risques d’épuisement des stocks disponibles, il s’agit pour elle de trouver des gains de rentabilité en dehors du marché du travail.

Le Contrat d’engagement éducatif (CEE), le contrat de volontariat associatif, le contrat nouvelle embauche, le contrat d’accès à l’emploi, le contrat avenir, tout comme l’a été le CPE, sont des moyens de déroger au Code du travail. Le CEE est une machine au service de l’exploitation du gisement de la seule énergie renouvelable qu’est la jeunesse. Il est plus particulièrement adapté aux jeunes en demande d’engagement, immédiatement disponibles et souvent déjà bien formés, « BAFA souhaité ». L’idéal pour une variable d’ajustement. Le CEE permet à un employeur de faire travailler un animateur 80 jours par an, payés 2,2 heures de SMIC par jour, quelle que soit l’amplitude de la journée de travail.

Le CEE permet d’engager des accompagnateurs, des animateurs, des directeurs, des formateurs, de centres de loisirs, de centres de vacances, de clubs sportifs et de centres socioculturels accueillant des enfants ou des personnes handicapées dans le secteur associatif, dans celui des collectivités territoriales et ... dans le secteur privé lucratif ! Le CEE est donc beaucoup plus rentable que l’ancienne annexe 2 et va offrir au secteur marchand, au nom de la concurrence libre et non faussée, les mêmes avantages qu’aux associations d’éducation populaire. A vouloir jouer les technocrates dans la cour des grands, les « socio-patrons » ont tout gagné...

Les organisations syndicales se sont opposées à la loi sur le volontariat associatif et l’engagement éducatif dans différentes instances nationales, tel le Conseil national de l’éducation populaire et de la jeunesse (CNEPJ).

Mais dans un secteur très peu syndiqué, où la confusion consensuelle employeur-salarié est partout, la mobilisation est souvent restée intentionnelle. Les dérives étaient prévisibles dès lors que les grandes fédérations d’éducation populaire ont choisi de s’inscrire dans une perspective concurrentielle. Le livre noir de l’animation socioculturelle présente un tableau réaliste de la situation.

Aujourd’hui, il s’agit de s’organiser collectivement autour de revendications collectives :

* L’abrogation immédiate du CEE, du contrat de volontariat et l’application du Code de travail in extenso à tous les salariés du secteur.

* La gratuité de toutes les formations professionnelles et citoyennes que sont le Brevet d’aptitude aux fonctions d’animateur, l’Attestation de formation aux premiers secours ... selon le principe du volontariat ; la réorganisation des filières professionnelles et l’harmonisation des diplômes ;

Ces revendications sont un préalable si l’on veut éviter les dérives dans lesquelles vont nous entraîner les coordinateurs de projets de partenariat pour le développement des ressources humaines dans l’économie sociale : l’enchaînement de contrats précaires à d’autres néo-contrats toujours plus précaires ; la stagiarisation prolongée ; la non reconnaissance des heures effectuées ni les temps de préparation ni des heures de nuit... sans possibilité de recours aux prud’hommes puisque ces conditions de travail sont dérogatoires au Code du travail ; les couvertures sociales rétrécies, les conditions sanitaires défectueuses, les temps de récupérations non respectés.

Derrière un discours paternaliste et moralisateur sur l’utilité sociale des centres de vacances et de loisirs, la loi sur le volontariat associatif participe à la politique libérale du gouvernement en matière d’éducation. A coups de déréglementation, elle engendre la régression sociale.

Sommes-nous là pour assister impuissant-es à la reproduction sociale des inégalités et faire le travail que l’État et les collectivités ne veulent plus assumer ? Devons-nous rester les bras croisés face à la marchandisation et à l’instrumentalisation de l’animation qui font de nous de simples prestataires de services ? Bien évidemment, nous autres, travailleurs et travailleuses de l’animation syndiqué-es à la CNT, refusons cette fatalité !

Dès aujourd’hui, construisons le rapport de force. Organisons-nous et luttons avec la population pour nos droits et leurs services. Nous voulons des formations de qualité, gratuites, avec des filières cohérentes et des diplômes harmonisés. Nous voulons travailler avec un encadrement suffisant pour remplir notre rôle éducatif, avec qualité et dans la sécurité, afin de permettre à chacun et à chacune d’être acteur-trice de ce qu’il ou elle vit, de ne pas simplement choisir, mais de faire, d’agir, de construire.

Nous ne sommes ni des flics ni des gardes-chiourmes. Nous réclamons des salaires en rapport avec nos responsabilités. Nous ne supportons plus d’être les parents pauvres de l’éducation. Nos conditions de travail sont aussi nos/vos conditions d’accueil !

Aidons le public accueilli à devenir des individu-es autonomes et libres. Hier, l’éducation populaire issue du mouvement ouvrier - nombre de ses pionniers étaient syndicalistes - s’est développée en réaction au monopole religieux ; aujourd’hui, elle doit faire face à une logique libérale qui promeut la marchandisation du temps libre et de l’éducation. Cet état des lieux alarmant s’explique aussi par le manque de combativité des salarié-es de ce secteur.

Tu ne supportes plus la précarité structurelle qui régit ce milieu, ni l’arrogance de tes patrons, ni même l’apathie de tes collègues, alors rejoins-nous ! Construisons la riposte syndicale avec la CNT et, dès à présent, posons les bases d’une éducation populaire libre où les valeurs de solidarité, d’entraide, d’émancipation et d’autonomie des individu-es seront les moteurs !